J’ai rarement commencé l’aventure d’un texte en étant autant intimidé. Une forme de timidité, d'hyper vigilance ou d’insécurité. On dirait même que l'alchimie des trois semble m’habiter.

Nous explorons la confiance depuis le début de l’année avec les leaders de la communauté. Déjà, deux portes d’accès ont été passées. Soit “l’insouciance” et “danser avec la vie”. Ces deux dernières semblaient plus accessibles pour moi.

Mais en ce moment, nous sommes à explorer celle de la diversité et de l'inclusion…ouf.
…Me sens plus petit derrière mon clavier.

Je crois que cela en dit long sur la sensibilité et la nécessité d’ouvrir un dialogue… ou plutôt de le poursuivre.

Et si je vous posais la question? Quel est votre niveau de confort actuel avec ces sujets sur la diversité et de l’inclusion? Vous sentez-vous légitime d’en jaser avec vos proches, vos équipes et vos clients? Est-ce que ça reste dans le politiquement correct pour répondre à une perception sociale?

En toute transparence, je vous partage l'ambiance des questions qui m'habitaient au tout début: est-ce ok pour un homme caucasien de 44 ans, qui ne souffre pas de grandes formes de discriminations, d’écrire et de traiter d’un tel sujet?

Est-ce que ce sera bien accueilli?
Est-ce la peur d’être jugé qui me préoccupe?
Que dire du regard de l’autre ou de la critique?

Boboy…Beaucoup de stock et de bruits dans mon dedans!

Finalement, après une bonne nuit de sommeil, un café, une tisane… et un autre café, je me suis lancé!

J’accepte que je serai peut-être maladroit, mais mon intention est bonne. Partager, réfléchir, discerner, m’éveiller.

Et c’est là que ça m’a frappé.

Je vivais la dynamique du thème de la diversité et d’inclusion en 3D à travers ce processus à un niveau beaucoup plus petit bien entendu. Par contre, si je revisite le tout, beaucoup de liens demeurent présents.

Pour nous aider à éveiller notre conscience, nous avons fait appel à notre très bon Ami Hubert Makwanda, spécialiste “humble et aimant” en la matière. Ce dernier est un éclaireur et un éveilleur important pour nous.

Hubert a commencé en nous partageant ceci:

"On doit accepter que la diversité a une réalité complexe et multidimensionnelle. Il ne faut pas l’aborder comme un problème à résoudre, mais plutôt comme un art de vivre et un mouvement dynamique dans lequel nous œuvrons."

Il ajoute: "la diversité est un fait, mais l’inclusion c’est un choix. Il y a toujours eu “diversité”. Nous avons simplement à nous inspirer de la nature pour comprendre et le voir…C’est une oeuvre complexe de biodiversité."

Il nous invite par la suite à faire le parallèle avec nous-mêmes.
Qu'en est-il de notre biodiversité… intérieure?

"La représentation extérieure de ce que nous vivons est un beau miroir de notre monde ou notre jardin intérieur. On porte en chacun de nous la nature et l’humanité tout entière tel un jardin fécond dans lequel nous avons autant de minorités visibles (et invisibles) que de majorités. On porte en chacun et chacune de nous un George Floyd, cet Afro-Américain tué par la police en mai 2020. Mais, le bout tout aussi difficile à digérer, c’est que nous avons aussi un Derek Chauvin, le policier qui l’avait interpellé et malheureusement tué."

C’est une grande rencontre à avoir avec soi que d’apprivoiser cette proposition et réflexion.

Hubert ajoute que si nous voulons avoir un impact sur la paix dans le monde, on doit trouver une paix intérieure et réconcilier toutes les parties de nous. Surtout celles qui souffrent, qui ont souffert et qui ont besoin de lumière.

La violence comme la tendresse sont des “sœurs jumelles” pour lui.

Cela rejoint aussi la pensée de l’auteur Amin Maaloof qui nous partage ceci dans son livre Les identités meurtrières :

"Ceux qui ne pourront pas assumer leur propre diversité se retrouveront parmi les plus virulents des tueurs identitaires s’acharnant sur ceux qui représentent cette part d’eux-mêmes qu’ils voudraient faire oublier."

Prenons une pause car beaucoup de choses importantes ont été dites. (Je nous encourage à relire quelques fois pour en déguster les subtils parfums et la sagesse de notre cher Hubert)

Qu’est-ce que ça résonne pour vous jusqu’à présent?

Est-ce que cette idée que l’inclusion part beaucoup plus de soi que des conditions extérieures fait du sens?

Si nous restons dans une logique de conquête ou de méfiance, nous nous collons à la loi du plus fort, du plus grand, du qui était là avant où règnent l’insécurité, le contrôle et la peur.

Par contre, si on bascule dans une logique de coopération et de solidarité, on laisse les armes pour passer plutôt vers l’acceptation et l'entraide.

C’est humain de se méfier. Mais comme le dit Rémi: “il ne faut pas céder à la méfiance” qui est en fait l’un des mots-clés de notre temps, comme l’exprime M. Maaloof.

C’est aussi humain le fait de prétendre. Mais comme j’aime me le rappeler, il nous manque toujours des bouts de l’histoire de l’autre. Et l’inverse est aussi vrai. On se rencontre, avec des bouts que nous n’avons pas.

Voici ce qui l'illustre bien: nous avons eu la chance de rencontrer Soeur Carmelle, qui fait partie du Monastère des Augustines. Elle nous raconte l’histoire d’un patient autochtone que son équipe n’arrivait pas à calmer. Il brassait le lit, criait. Son équipe lui disait qu’il fallait le sortir de l'hôpital. Dans son accueil inconditionnel, elle alla vers lui.

En restant là, à le contempler assez longtemps, elle ressentit qu’il avait sûrement froid…quelques minutes plus tard, elle l'entourait de couvertures chaudes. L’homme dormit comme un bébé.

Le lendemain, un traducteur lui raconta que l’homme n’avait jamais dormi dans les airs à quelques pieds du sol et encore moins dans une jaquette d'hôpital.

On ignore tant de l’autre, et autant de soi.

Et même s’il nous arrive parfois, malgré une intention bienveillante de commettre “des actes discriminatoires involontaires” on se doit de continuer à tendre la main (et le regard) afin de créer des traits d’union, en focussant sur ce qui nous unit versus ce qui nous divise.

J’aime bien l’angle que Rémi prend lorsqu’il nous dit que chaque humain porte l’ensemble des valeurs, mais peut-être qu’elles ne sont pas placées dans le même ordre que nous.

L’invitation est peut-être de passer des hostilités à l’hospitalité. De la protection à l’inclusion. De la peur à l’amour. On est tous différents et singuliers. Donc on a tous subi ou fait subir, consciemment ou inconsciemment de la discrimination…Le temps est venu de s’offrir une forme de réconciliation intérieure.

Il est important d’être curieux et d’oser la rencontre en allant visiter ces humains qui nous entourent. "Ces îles non fréquentées", comme Hubert le mentionne. Et pas besoin d’aller très loin pour le vivre, car cela se passe dans notre quotidien, dans nos familles, au travail et dans notre quartier.

"L’inclusion naît et naîtra non pas par la force de la violence, mais bien par la puissance des dialogues et de nos essences profondes”, ajoute-t-il

Si on s'enracine dans son humanité profonde avec un désir d’aller vers l’autre malgré l’insécurité ou la peur, la diversité devient notre plus grande richesse.

Albert Jacquard nous avait justement partagé ceci il y a 20 ans : "bâtir une société où on se sent riche de la différence avec l’autre. Tu n’es pas comme moi, tu me fais peur, tant mieux on va travailler ensemble."

Cette invitation n’enlève pas l’inconfort. Au contraire, elle demande de dépasser nos zones d’inconfort et de “dépoussiérer nos croyances”, comme l’affirme Augustin un leader de la Maison.

Notre ami François Côté, psychologue depuis plus de 40 ans et non-voyant depuis sa naissance, nous raconte qu’un jour vers l’âge de trois ans, lorsqu’il jouait avec ses petites autos dans la cuisine, il entendit l’amie de sa maman dire: je trouve ça trop triste et dur de voir ton garçon dans cette situation.

François nous a partagé que c’est à ce moment-là qu'il a découvert qu’il était différent.

Sa différence est née…à travers le regard de l’autre.

Pour le mot de la fin, je laisserais la parole à nos leaders qui ont mentionné pour la plupart que notre capacité d’accueil et d’amour était proportionnelle à notre capacité d’inclure la diversité… et de goûter à plus de confiance.

Ces mots portent une puissance sublime et un royaume du possible.

Osons la confiance!